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Pédagogie non sexiste à l’école en Suède – pourquoi pas nous ?

Poupée ou camion, ça leur est bien égal

La parité à la Suédoise (3/5). En «pre-school».
STOCKHOLM, envoyée spéciale CHARLOTTE ROTMAN

Penchés sur un bac à sable, un garçon et une fille jouent ensemble. Il tient une girafe en plastique, elle agite un lion. Ils chorégraphient ensemble un ballet animal. Il n’y a pas de cris. Pas de dominant. Autour d’eux, des enfants déambulent paisiblement. Un petit de 3 ans est maquillé comme un chat. Un autre colle des plumes aidé de deux fillettes : ensemble, ils fabriquent de la neige. Nous sommes dans l’école municipale Täppan, située au centre de Stockholm, l’une de ces «pre-school», mi-crèche, mi-école maternelle, dont le réseau ancien et dense accueille 80 % des enfants de 1 à 5 ans et permet aux parents de travailler. L’égalité des sexes y est un souci permanent. Et, en la matière, «il faut commencer tôt», expliquent tous les intervenants. Les textes suédois stipulent depuis 1969 que l’école «se doit» de lutter contre les rôles sexuels traditionnels.

Encadrement.Ici, personne ne parle de «l’heure des mamans», comme on l’entend dans les crèches ou les écoles françaises quand approche la sortie des classes. Et pour cause. Les pères comme les mères viennent chercher les enfants. L’expression même semble, non pas ringarde, mais tout simplement absurde. «Quand les enfants arrivent vers l’âge d’un an, la période d’adaptation est très souvent faite par les pères, car ce sont eux qui les gardent à ce moment, après le congé des mères», explique Yvonne Häll, la directrice de l’école où 15 adultes (que des femmes !) s’occupent de 77 enfants. Un taux d’encadrement de 1 pour 5 qui pourrait donner des frissons à Xavier Darcos.

L’endroit ressemble à une maison, où l’on se sent bien. Des meubles en bois colorés, une vingtaine de pièces réparties sur deux étages. La seule classe est une reproduction d’une salle de cours des années 50, pour raconter ce qu’était l’école jadis. On n’y trouve presque pas de poupées, ni de petites voitures. Certaines écoles suédoises les ont bannies au nom du sexisme. «Nous en avons gardé, nuance Yvonne Häll, mais nous faisons attention car ces jouets traditionnels sont très connotés, très sexués, en fait. Nous ne voulons pas qu’il y ait les jeux pour les filles et les jeux pour les garçons. Cela codifie les rôles.» Son école a privilégié les puzzles, les jeux de construction en bois, les déguisements, les animaux, la peinture, les poteries… «On ne supprime aucun jouet, mais on fait d’autres offres en plus. Par exemple, quand les garçons jouent au Lego, il nous arrive de déplacer le jeu vers le coin cuisine.» Pour autant, personne n’empêche les petites filles de se déguiser en princesse. «L’égalité des sexes ne consiste pas à faire disparaître les princesses. Mais on travaille pour voir quel genre de princesse la petite fille a choisi d’être, quelle personnalité elle a.» Les garçons aussi se déguisent en altesses. «La semaine dernière, au théâtre, un garçon a choisi d’incarner la princesse au petit pois», rapporte la directrice. Tout cela fait l’objet de briefings hebdomadaires.

Pédagogie. En 1998, un programme national a été mis sur pied pour lutter contre les stéréotypes et les rôles sexuels conventionnels, cette fois dès l’école maternelle. Toute une pédagogie a été bâtie. On parle là-bas de «gender pedagogues» chargés de déminer les préjugés. En 2006, les Suédois ont poussé l’expérimentation en passant à la loupe trente-quatre programmes pilotes. Des scènes de la vie quotidienne dans certaines écoles ont été filmées. Résultat : la plupart du temps, quand les filles crient et jouent on les fait taire plus rapidement que les garçons. Et quand les garçons pleurent ils ne sont pas consolés aussi longtemps que les filles. Les garçons ont plus de temps de parole que les filles.

«Individus». Les enseignants ont découvert qu’ils véhiculaient, malgré eux, les préjugés de leur société. Quelques-uns sont allés jusqu’à faire des groupes non mixtes pour certaines activités. Yvonne Häll a choisi de ne pas séparer les garçons et les filles. «On ne croit pas à ce genre de méthode. On ne les traite pas comme garçon et fille, mais comme des enfants, comme des individus, au-delà du genre. Ici, garçons et filles montent aux arbres, ou mettent la table.» C’est l’heure de déjeuner. Au menu : poisson, purée, carottes. Devant chaque minuscule chaise en bois, un bavoir en plastique. Des roses et des bleus. Mais pour qui veut.

La parité à la suédoise
Egalité des sexes, vie de famille/vie professionnelle, éducation des enfants : le «modèle suédois» est présenté comme exemplaire. Libé est allé voir de plus près.

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