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le point sur Tarnac et Julien Coupat

* Julien maintenu en détention
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La décision de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris
concernant Julien a été rendue vendredi 13 mars : il reste
en détention.

* La lettre des inculpés de Tarnac
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Voilà quatre mois que le feuilleton médiatico-judiciaire intitulé
l' »affaire de Tarnac » ne cesse de ne plus vouloir finir.
Julien (Coupat) va-t-il sortir à Noël ? Pour le Nouvel An ? Aura-t-il
plus de chance vendredi 13 ? Non, finalement on le gardera encore un
peu en prison, enfermé dans son nouveau rôle de chef d’une cellule
invisible. Puisqu’il semble que quelques personnes aient encore
intérêt à faire perdurer cette mascarade, même au-delà du grotesque,
il va nous falloir endosser, encore une fois, le rôle que l’on nous
a taillé (« les 9 de Tarnac »), pour un nécessaire éclaircissement
collectif. Alors voilà. …

Primo. Pendant que des journalistes fouillaient jusque dans nos
poubelles, les flics reluquaient jusqu’à l’intérieur de nos rectums.
C’est assez désagréable. Depuis des mois vous ouvrez notre courrier,
vous écoutez nos téléphones, vous traquez nos amis, vous filmez nos
maisons. Vous jouissez de ces moyens.

Nous, les neuf, nous les subissons, comme tant d’autres. Atomisés par
vos procédures, neuf fois un, alors que vous, vous êtes toute une
administration, toute une police et toute la logique d’un monde.
Au point où nous en sommes, les dés sont un peu pipés, le bûcher déjà
dressé. Aussi, qu’on ne nous demande pas d’être beaux joueurs.

Deuzio. Bien sûr vous avez besoin d' »individus », constitués en
« cellule », appartenant à une « mouvance » d’une fraction de l’échiquier
politique. Vous en avez besoin, car c’est votre seule et dernière
prise sur toute une part grandissante du monde, irréductible à la
société que vous prétendez défendre. Vous avez raison, il se passe
quelque chose en France, mais ce n’est certainement pas la renaissance
d’une « ultragauche ». Nous ne sommes ici que des figures, qu’une
cristallisation somme toute plutôt vulgaire d’un conflit qui traverse
notre époque. La pointe médiatico-policière d’un affrontement sans
merci que mène un ordre qui s’effondre contre tout ce qui prétend
pouvoir lui survivre.

Il va sans dire qu’à la vue de ce qui se passe en Guadeloupe, en
Martinique, dans les banlieues et les universités, chez les vignerons,
les pêcheurs, les cheminots et les sans-papiers, il vous faudra
bientôt plus de juges que de profs pour contenir tout ça. Vous n’y
comprenez rien. Et ne comptez pas sur les fins limiers de la DCRI pour
vous expliquer.

Tertio. Nous constatons qu’il y a plus de joie dans nos amitiés et nos
« associations de malfaiteurs » que dans vos bureaux et vos tribunaux.

Quarto. S’il semble aller de soi pour vous que le sérieux de votre
emploi vous amène jusqu’à nous questionner sur nos pensées politiques
et sur nos amitiés, nous ne nous sentons pas, quant à nous, le devoir
de vous en parler. Aucune vie ne sera jamais absolument transparente
aux yeux de l’Etat et de sa justice. Là où vous avez voulu y voir plus
clair, il semble plutôt que vous ayez propagé l’opacité. Et l’on nous
dit que, désormais, pour ne pas subir votre regard, ils sont toujours
plus nombreux ceux qui se rendent à des manifestations sans téléphone
portable, qui cryptent les textes qu’ils écrivent, qui font d’habiles
détours en rentrant chez eux. Comme on dit :  c’est ballot.

Quinto. Depuis le début de cette « affaire », vous avez semblé vouloir
accorder beaucoup d’importance au témoignage d’un mythomane, aussi
appelé « sous X ». Vous vous obstinez, c’est courageux, à accorder un
peu de foi à ce ramassis de mensonges, et à cette pratique qui a fait
l’honneur de la France il y a quelques décennies – la délation. C’en
serait presque touchant, si ça ne conditionnait pas l’accusation de
chef à l’encontre de Julien, et donc son maintien en détention. Si ce
genre de « témoignage » ne justifiait pas des arrestations arbitraires
– à l’occasion, par exemple, de quelques balles envoyées par la Poste,
ou sur la police, dans l’Hérault, ou à Villiers-le-bel.

Enfin, étant entendu que la marge de liberté qu’il nous reste est
désormais fort réduite, que le seul point à partir duquel nous pouvons
nous soustraire à votre emprise réside dans les interrogatoires
auxquels vous nous soumettez à intervalles réguliers. Que Julien s’est
déjà vu refuser quatre demandes de remise en liberté. Qu’il est notre
ami. Qu’il n’est rien de plus que ce que nous sommes. Nous décidons
qu’à partir de ce jour, dans l’héroïque tradition d’un Bartleby, « nous
préférerons ne pas ». En gros, nous ne vous dirons plus rien et cela
jusqu’à ce que vous le libériez, jusqu’à ce que vous abandonniez la
qualification de chef pour lui et de terrorisme pour nous tous.
En résumé, jusqu’à ce que vous abandonniez les poursuites.

Pour tous ceux qui, là où ils sont, se battent et ne se résignent pas.
Pour tous ceux que le ressentiment n’étouffe pas et qui font de la
joie une question d’offensive. Pour nos amis, nos enfants, nos frères
et nos soeurs, les comités de soutien. Pas de peur, pas d’apitoiement.
Pas de héros, pas de martyrs. C’est précisément parce que cette
affaire n’a jamais été juridique qu’il faut transporter le conflit sur
le terrain du politique. Ce que la multiplication des attaques d’un
pouvoir toujours plus absurde appelle de notre part, ce n’est rien
d’autre que la généralisation de pratiques collectives d’autodéfense
partout où cela devient nécessaire.

Il n’y a pas neuf personnes à sauver mais un ordre à faire tomber.

Aria, Benjamin, Bertrand, Elsa, Gabrielle, Manon, Matthieu, Yldune
sont, avec Julien Coupat, mis en examen dans l' »affaire de Tarnac ».

(Publié aussi dans le journal Le Monde, du 17 mars).

–> https://soutien11novembre.org/spip.php?article395

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PS WILDO : IL FAUT LIRE L’INSURRÉCTION QUI VIENT

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