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On ne nait pas homme

Pour ma part, j’aimerais bien savoir pourquoi la spécificité des hommes (c’est-à-dire des mâles de l’espèce humaine) semble être le massacre des innocents. Ce n’est pas l’espèce humaine qui fait ça, ce sont les phallophores, jeunes le plus souvent mais encouragés, excités, éperonnés par des vieux. Oui, il faut avoir un pénis et des testicules pour ainsi charcuter, violer, ouvrir le corps des autres à la machette, au poignard ou à l’épée, les déchiqueter à la mitraillette, les décapiter et jouer aux boules avec les têtes…

A toute époque surviennent les orgies sanglantes perpétrées par des mâles, non tous les mâles bien entendu mais eux seulement, alors que (si ce n’est dans Les Bacchantes où Euripide tente de fantasmer la chose) on n’a encore jamais vu une bande de femmes se livrer joyeusement au carnage, s’enivrer de sang, glisser dans le sang, éparpiller les intestins, piétiner les cervelles, bouffer à pleines mains la chair de leurs ennemis.

Partout la terre est enrichie par les bonnes protéines des cadavres jeunes. Combien de fois avons-nous vu, sous mille variantes peintes, dessinées, photographiées, filmées, cette image emblème de la mère qui hurle, soit en essayant d’arracher à l’ennemi déchaîné son enfant vivant, soit en tenant à bout de bras son enfant mort ? Guernica, Sétif, Nankin, Kigali, la Vendée, Berlin, quelques pauvres noms pour représenter une liste infinie, un choix embarrassant, siècle après siècle sur tous les continents, le Massacre des Innocents.

Hypothèse en pointillé : dès qu’un petit garçon comprend qu’il vient (que tout le monde vient) de l’intérieur d’un corps de femme, un corps donc différent du sien, il se met à construire et à détruire, à bricoler, à manier, à remanier et à tripatouiller, la petite fille ne fait pas cela. Les garçons ouvrent les poupées, les nounours et les voitures petites et grandes, ils ouvrent les fusils, jouets ou non, pour en comprendre le fonctionnement ; ils veulent pénétrer le mystère de la vie, des origines, comprendre d’où ils viennent, pourquoi ils sont là ; ils regardent de près, d’encore plus près ; plus tard, certains iront jusqu’à arracher le foetus du ventre de la femme enceinte et à en fracasser le crâne. Après le dépeçage du nounours, après le carnage, ils laissent derrière eux : non-sens, monceaux de chairs mortes qui ne veulent plus rien dire. Ils ont réussi à transformer le vivant en mort, en objet, en chose, en rien : puissance sidérante qui ne peut se comparer qu’à celle de mettre un enfant au monde.

Si les hommes ne savaient pas (comme par exemple les grands singes ne savent pas) qu’ils ont vécu dans le corps d’une femme et lui doivent la vie, ils ne feraient pas cela : c’est parce qu’ils se savent mortels que les hommes tuent. Les femmes semblent moins obsédées par la mort, et incapables de jouir en étant furieuses ; la colère n’est pas pour elles un stimulant sexuel et le danger ne déclenche pas chez elles un pic hormonal. Oui : le danger, la camaraderie virile, la proximité de la mort agissent sur les hommes comme un aphrodisiaque, pourquoi le dit-on si rarement ? Sur des millions d’années d’évolution, ce sont les mâles violents qui se sont imposés, tant dans la guerre que dans l’amour, et ont souvent fait de celui-ci la métaphore de celle-là.

suite de l’article du monde « On ne nait pas homme » de Nancy Huston

En contre point à cet article je ne résiste pas à poser celui de Floréal que je trouve fort à propos et qui pousse la réflexion encore plus avant :

Gynocraties

Un texte de Nancy Houston a été récemment publié dans Le Monde. Cela m’a ramenée à mes méditations passées sur l’éventualité de l’existence du matriarcat aux époques reculées de la préhistoire.

En lisant le texte de Nancy Houston, je suis de plus en plus persuadée que le matriarcat au sens où on l’entend n’a jamais existé pour les raisons qu’a brillamment exposées Françoise Héritier, mais que des sociétés gynocratiques ont nécessairement existé pour la simple raison que, dans le cas contraire, l’humanité se serait éteinte.

Une autre raison me laisse à penser qu’il ne peut pas en avoir été autrement parce que la survie même de l’humanité en dépendait.

Nous savons que le modèle humain de base n’est pas XY mais XX, non pas l’Homme mais la Femme, et que l’Ève mitochondriale est bien plus ancienne qu’Adam; l’Homme est en quelque sorte un produit dérivé du modèle de base féminin.

Il existe en outre une étude italo-suisse conduite par les Universités de Ferrare et de Berne, d’où il ressort que les populations féminines semblent avoir subi un accroissement notoire dès les premiers millénaires suivant l’apparition de notre espèce et que la croissance de la diversité des populations masculines a eu lieu bien plus tard, peut-être avec l’apparition de la sédentarité ou lors de l’invention de l’agriculture.

Il apparaît ainsi que les populations féminines ont connu de véritables “booms” démographiques au cours des millénaires lors de la phase de peuplement de la planète.

L’étude en conclut très curieusement à la nécessaire polygamie durant tout le paléolithique jusqu’au seuil du néolithique.

Homo erectus était polygame” clame même un certain J.F. Dortier, sociologue; les sociologues clament beaucoup, on n’entend qu’eux…

Non que je remette en question les découvertes des généticiens de Berne et Ferrare, et je ne mets pas en doute le fait que plusieurs femmes d’un groupe aient eu des enfants avec un seul homme. Clairement, il n’a pas pu en être autrement, comme l’étude le démontre.

Ce qui ne me convainc absolument pas, c’est ce qu’on entend, dans le cas dont il s’agit ici, par polygamie, c’est à dire ce qu’entend J.F.Dortier, à savoir que les mâles combattent entre eux et le vainqueur devient dominant et s’approprie plusieurs femelles du groupe.

Sans doutes, certes, certes. C’est effectivement ce qu’il se passe chez les mammifères en général, et de façon plus “soft” chez les primates. Mais, puisque nous savons que les naissances de mâles et de femelles sont sensiblement égales (quoi qu’il y ait je crois un écart de 7% de plus en faveur des femmes et qu’en outre le mâle est plus fragile que la femelle et a moins de probabilités de survie, il semble bien que la Nature ait prévu que les populations féminine et masculine soient sensiblement égales mais légèrement à l’avantage numérique de la population féminine), on a du mal à croire que les autres, les mâles non dominants, se soient contentés exclusivement de l’homosexualité (qui existe dans la nature pour les deux sexes), et aient regardé les bras croisés le dominant s’approprier les femelles du groupe. Pour le moins, ils avaient la capacité de s’unir à plusieurs pour occire ou neutraliser le dominant afin d’avoir accès aux femelles.

On suppose tout aussi difficilement que les femelles soient restées passivement à regarder les mâles s’entretuer. Pas plus qu’on ne peut supposer qu’elles soient restées les bras croisés à regarder massacrer leur progéniture.

L’idée de femmes soumises et dépendantes est une idée qui existe depuis le néolithique, c’est à dire depuis l’époque où l’on sait avec certitude que la société humaine est régie par le patriarcat.

On sait par ailleurs que la chasse au gros gibier avait davantage valeur rituelle et initiatique, chez les fraternités de chasseurs, qu’alimentaire pour le groupe. On sait aussi que la chasse au très gros gibier comme le mammouth pour sa valeur alimentaire et la production d’outillage et de biens matériels n’est pas le fait du seul clan des chasseurs mais de toute la tribu, hommes et femmes valides, qui organisent pour cela des battues.

Les femmes n’avaient certainement pas besoin des hommes pour traquer le petit gibier qui était certainement l’apport alimentaire majeur, ni pour organiser elle-mêmes des battues pour la chasse au gibier moyen (sanglier par exemple).

Mon opinion est donc que très certainement la polygamie était la norme, mais non pas parce qu’un mâle dominant s’appropriait les femelles, il ne devait s’approprier que des femelles consentantes pour l’utilisation d’un mâle en vue de la reproduction.

Et comme on sait par ailleurs que les femmes ont compris des millénaires avant les hommes le rôle du mâle dans la reproduction, il est difficilement pensable que celui-ci cherchait à s’approprier des femelles pour la reproduction, mais bien plutôt pour sa satisfaction de prédateur et l’appropriation de la progéniture qu’il savait ne pas pouvoir mettre au monde et pour laquelle il ignorait de surcroît sa fonction dans le processus de reproduction.

Il m’apparaît donc beaucoup plus probable que la polygamie ait été l’usage courant non pas parce qu’un mâle dominant s’appropriait les femmes, mais que les femmes sélectionnaient les spécimens mâles leur apparaissant les plus adaptés à la reproduction.

A la lecture du texte de Nancy Huston, j’ai le sentiment que les femmes ne pouvaient être organisées autrement qu’en  gynocraties, qu’elles supprimaient dès la naissance les nourrissons leur paraissant peu à même de pouvoir survivre (comme cela d’ailleurs se pratique encore dans certaines sociétés primitives d’Amazonie, que je sache), et probablement davantage les garçons, plus fragiles et moins utiles au travail alimentaire nécessaire à la survie, mais aussi afin de réguler également l’agressivité d’un excédent de mâles qui auraient risqué de compromettre la survie du groupe.

S’il en avait été autrement, il est probable que l’humanité se serait éteinte depuis longtemps.

Il est n’est peut-être pas à exclure que,  si le patriarcat continue à se perpétuer dans les siècles à venir, que le monde ne change pas radicalement de paramètres, l’humanité aura épuisé ses chances de survie.

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Catégories :Uncategorized
  1. wildo
    mai 18, 2009 à 10:40

    C’est clair le patriarcat est un danger pour l’humanité …

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