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Voltairine de Cleyre l’anarcha-féministe

voltairine

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«Oui, je crois que l’on peut remplacer ce système injuste par un système plus juste; je crois à la fin de la famine, de l’abandon, et des crimes qu’ils engendrent; je crois au règne de l’âme humaine sur toutes les lois que l’homme a faites ou fera; je crois qu’il n’y a maintenant aucune paix et qu’il n’y aura aucune paix aussi longtemps que l’homme règnera sur l’homme; je crois en la désintégration et la dissolution complètes du principe et de la pratique de l’autorité; je suis une anarchiste, et si vous me condamnez, je suis prête à recevoir votre condamnation. »

Voltairine de Cleyre (1866-1912)
«la plus douée et la plus brillante femme anarchiste qu’aient produit les Etats-Unis.»

VOLTAIRINE ET NOUS (1/2)

La question des femmes

Voltairine vit à un moment historique où le féminisme commence à s’affirmer; mais sa position anarchiste lui permet de déployer son féminisme dans une perspective originale, selon un point de vue qu’on appellera anarcha-féministe, bien éloigné du modeste et si peu menaçant féminisme dit «domestique» qui se répand alors.

Cette perspective la conduit d’abord à reconnaître, contrairement à tant de militantes ou de militants et à certains anarchistes, que la question de la femme n’est aucunement, pour un projet de transformation radical de la société, une question subsidiaire ou qui résoudra d’elle-même une fois cette transformation survenue, mais bien une question première et centrale, à aborder dès à présent.

La même perspective la conduit encore à montrer comment le sexisme et le patriarcat, au même titre que les rapports entre patrons et employés, État et citoyens, sont inscrits au coeur même de ces relations hiérarchiques et autoritaires que notre société entretient : à l’esclavage sexuel dans la sphère privée, correspond l’esclavage salarial dans la sphère publique. Il s’ensuit que les problèmes, oppressions et injustices qu’ils engendrent ne seront éliminés qu’avec la disparition de ces rapports — et non par de seules modifications apportées aux rapports juridiques ou par l’obtention du droit de vote par les femmes.

Ce que Voltairine met donc de l’avant est un projet d’auto-émancipation par action directe par lequel les femmes entreprennent dès à présent et sans rien attendre de l’État, de l’Église ou des hommes, de prendre elles-mêmes et pleinement contrôle de leurs vies et de leurs personnes, à commencer par leurs corps.

En même temps que le rejet de l’essentialisme par lequel des tâches, attitudes, comportements sont décrétés naturellement féminins quand ils sont socialement construits, cela, selon elle, suppose en particulier : l’abolition du mariage tel que nous le connaissons; une réorganisation des rapports sexuels et affectifs — elle suggèrera que les amants vivent séparément; une nouvelle vision et pratique de l’éducation des enfants; et, plus largement encore, une réorganisation des rapports entre la sphère privée et la sphère publique, réorganisation qu’elle analyse dans des termes qui préfigurent nettement le slogan des féministes du siècle suivant : Le personnel est politique.

Tout cela n’a rien perdu ni de son actualité ni de sa pertinence, tout comme hélas, les propos suivants : «Il m’a souvent été dit, par des femmes avec des maîtres décents, qui n’avaient aucune idée des atrocités subies par leurs soeurs moins fortunées: « Pourquoi les épouses ne partent-elles pas? » Pourquoi ne courrez-vous pas lorsque vos pieds sont enchaînés ensemble? Pourquoi ne criez-vous pas quand vous êtes bâillonnées? Pourquoi ne levez-vous pas les mains au-dessus de la tête quand elles sont clouées à vos côtés? Pourquoi ne dépensez-vous pas des milliers de dollars quand vous n’avez pas un sou en poche? Pourquoi n’allez-vous pas au bord de la mer ou dans les montagnes, pauvres folles brûlant dans la chaleur des villes? S’il y a quelque chose qui m’irrite plus que n’importe quelle autre dans ce satané tissu de fausse société, c’est cette incroyable stupidité avec laquelle le vrai flegme de l’impénétrable monotonie demande : « Pourquoi les femmes ne partent-elles pas?»

merci à Normand Baillargeon pour ce très bon billet …

VOLTAIRINE ET NOUS 2/2

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  1. juin 4, 2009 à 8:42

    je trouve que c’est très juste. j’ai commencé à penser quelque chose dans cette veine là, récemment. tant que la société tolèrera des abus sur les femmes, il n’y a aucune raison que ça s’arrête, que les autres discriminations soient remises en question. que le plus fort ne soit justifié d’abuser du plus faible, de rendre autrui plus faible pour en abuser + facilement … et c’est toute l’histoire des femmes.
    Il y a des moments où une femme est en situation plus fragile, la grossesse, utiliser cette fonction là pour dominer les femmes, c’est créer une brèche dans ce qui est égalité entre humains. A partir de là, toute domination est justifiée, des adultes sur les jeunes, des blancs sur les noirs, riches sur pauvres, et de l’ensemble de l’humanité sur la nature, car les arbres et les océans ne peuvent se ‘défendre’ …
    avec les résultats que l’on voit, à dominer à l’extrême … tout devient corrompu finalement.

  2. juin 4, 2009 à 8:50

    absolument, et c’est pouruqoi il faut que nous insistions !

  3. Romane
    juin 4, 2009 à 10:29

    Hors sujet. J’ai lu sur 20mn que l’album d’orelsan a été retiré de tous les bacs des bibliothèques de Paris à la demande Bernard Girard(ou antoine?) chargé de la culture à la mairie de la capitale. Ca continue.
    Voilà, pardon pour le hs.

  4. juin 4, 2009 à 10:31

    pas de problème 😉

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