Archive

Archive for the ‘inégalité femmes hommes’ Category

Du Genre en politique, ce qu’en pensait Royal en 2007

août 27, 2011 7 commentaires

Du Genre en politique

Je n’ai jamais fait du simple fait d’être une femme l’étendard de mon combat. Mais j’ai toujours assumé cette dimension de mon identité personnelle et politique.
Que les choses soient bien claires : je ne crois pas que les femmes aient, par essence ou par nature, un rapport génétiquement différent à la politique. Ce que je crois, en revanche, c’est que nous sommes hommes et femmes, les héritiers et les héritières d’une histoire où l’inégalité des sexes alla longtemps de soi et dont nous commençons seulement à nous déprendre.

Ce que je crois, c’est que les hommes et les femmes sont encore inscrits dans ce qu’on appelle des rapports de genre – cad des rapports sociaux, pas biologiques – qui continuent de façonner, pour une part, les sensibilités, les imaginaires, les perceptions de soi et des autres, bien que la mixité progresse sous nos latitudes, à grands pas. Ce que je crois aussi, c’est que l’égalité n’oblige pas à l’indifférenciation. »

Ségolène Royal 2007
extrait de son livre « Ma plus belle histoire c’est vous » chez Grasset
chapitre 4 « L’autre moitié du ciel : candidate mais femme »

Publicités

La prétendue séduction « à la française » n’est que de la violence sexuelle

août 25, 2011 Laisser un commentaire

C’est un curieux féminisme « à la française » qu’ont fait apparaître les débats autour de l’affaire Strauss-Kahn. Selon la sociologue Irène Théry, il « veut les droits égaux des sexes et les plaisirs asymétriques de la séduction, le respect absolu du consentement et la surprise délicieuse des baisers volés » (Le Monde, 28 mai 2011). En se référant au féminisme universel, qui en France comme ailleurs veut l’égalité et la justice, on peut se demander à qui profite ce mélange de notions opposées — droit et séduction, consentement à un acte sexuel et vol de baisers. Depuis des décennies, des féministes ont précisé le sens de mots relatifs à la sexualité, dissipant ainsi des confusions dues à la complaisance pour la violence machiste, symbolique (en mots ou en images) ou réelle (viols, coups, meurtres).

Plutôt que de flotter dans le ciel des idées, sur le nuage d’une prétendue « exception française », revenons aux réalités de la violence sexuelle dans le monde, cette violence que tant d’hommes, encouragés et protégés par le système de domination masculine, exercent sur de plus faibles.
Qu’est-ce qu’un séducteur, aujourd’hui comme hier, ici comme ailleurs ? Un homme qui, à force de sourires et de belles paroles, cherche à obtenir d’une femme ou d’une fille ce qu’elle ne propose pas, ce qu’elle ne désire pas. Quelle qu’en soit la forme — de la drague lourde des baratineurs de plage à la cour raffinée des libertins se croyant au XVIIIe siècle —, la séduction masculine « à la française » repose par convention sur une asymétrie visible : l’homme fait les avances, car c’est à lui de s’exposer en faisant le premier pas. Au contraire, l’éducation ou la contrainte sociale imposent aux filles et aux femmes des attitudes présentées comme typiquement féminines, pudeur ou réserve, tandis que la famille doit veiller sur leur réputation, voire sur leur virginité. Comme me le disait une voisine, mère de fils avec lesquels jouaient mes filles : « Plus tard, vous ferez mieux de rentrer vos poules, quand je lâcherai mes coqs ! » Tout au plus une femme « bien » peut-elle manifester discrètement sa disponibilité. Même si elle en meurt d’envie, elle se doit de résister à l’homme, de commencer par refuser ses propositions ; après une cour dont la durée dépend de la valeur qu’elle veut se donner, elle peut enfin paraître céder avec une réticence suffisante au désir masculin. Une femme qui accepterait avec empressement se déconsidérerait, comme le prouve le raisonnement machiste : « Une femme bien qui dit “non », ça veut dire “peut-être » ; si elle dit “peut-être », ça veut dire “oui » ; et si elle dit “oui », ce n’est pas une femme bien. » Déduction du dragueur : « Elle dit “non », mais ça veut dire “oui » ».

Une femme osant en public exprimer son désir à un homme est qualifiée d’« allumeuse », « provocante », ou « chaudasse », tous mots inusités au masculin. À tous âges et dans tous les milieux, la voilà classée — « une pute ! » — et rejetée du groupe. Alors que celui qui « ne pense qu’à “ça » » et « baise tous azimuts » est salué comme un « chaud lapin » ou un « don Juan », son équivalent féminin est une « grosse nympho » qu’« a le feu au cul » et « y a qu’le train qui lui est pas passé d’ssus ».

suite de l’article ici …

 

DSK : LA HONTE

août 22, 2011 8 commentaires

«Le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, refuse le droit à la justice d’une femme victime d’un viol», condamne Kenneth Thompson. «Il n’a pas seulement tourné le dos à une victime innocente, mais aussi aux preuves physiques et médicales, regrette-t-il. Si le procureur de Manhattan, qui est élu pour protéger nos mères, nos filles, nos soeurs, nos femmes et nos proches ne prend pas leur défense quand elles sont violées ou victimes d’agressions sexuelles, alors qui va le faire?»

Pétition à signer ici SVP :

PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX texte co-signé par Sandrine Goldschmidt et Muriel Salmona à propos de l’affaire DSK lundi 22 aout 2011

Voici un texte co-signé par Sandrine Goldshmidt et Muriel Salmona suite aux derniers éléments de l’affaire de New York, alors qu’on l’on vient d’apprendre par l’avocat de Nafissatou Diallo, Kenneth Thompson, que le procureur va demander l’abandon des charges contre Dominique Strauss-Kahn à l’audience de mardi 23 août , suite à sa rencontre lundi soir avec elle.

« Motif des blessures. Agression. Viol . »

Ceci est un rapport médical.

Ce n’est pas un avis juridique, mais les constatations d’un médecin après avoir reçu une femme qui se dit victime de viol. Le rapport médical du 14 mai (selon ce qu’en ont dit les journaux) concernant Nafissatou Diallo, suite à sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn dans un hôtel de New York. La personne qui l’a reçue, habituée à accueillir des victimes d’agressions sexuelles, s’est dite convaincue d’avoir en face d’elle une femme victime de violences .

http://www.lapetition.be/petition.php?petid=10319

 

Abandon des poursuites contre DSK: une «mauvaise nouvelle» selon Marie-George Buffet

La députée et ancienne ministre communiste Marie-George Buffet a qualifié mardi de « mauvaise nouvelle pour la justice » et « pour les femmes » le très probable abandon des poursuites pénales contre Dominique Strauss-Kahn, car « la vérité n’est pas dite ».

« La décision du procureur fait courir de grands risques au droit des femmes en revenant au temps où les victimes de viols étaient à priori coupables, au temps où le viol n’était pas considéré comme un crime », écrit dans un communiqué l’ancienne secrétaire nationale du PCF, élue de Seine-Saint-Denis.

Selon elle, « le refus de faire juger l’affaire dans laquelle l’ancien directeur du FMI est accusé de viol est une mauvaise nouvelle pour la justice et une mauvaise nouvelle aussi pour les femmes. Car à ce jour la vérité n’est pas dite, ni pour le présumé innocent ni pour la présumée victime ».

« La vigilance s’impose pour que le refus de faire passer la justice aux USA ne donne pas des ailes en France aux pourfendeurs d’une justice implacable envers les violences – sexuelles ou non – à l’encontre des femmes », conclut-elle.

http://www.liberation.fr/politiques/01012355628-abandon-des-poursuites-contre-dsk-une-mauvaise-nouvelle-selon-marie-george-buffet

Assemblée des Femmes Université d’été 2011 : Marchandisation du corps des femmes, la prostitution et les lois de Bioéthiques

juillet 15, 2011 1 commentaire
De la part de l’Assemblée des Femmes
Cher[e]s Ami[e]s,
Nous avons le plaisir de vous confirmer la tenue de l’Université d’été 2011 qui se tiendra les :

 

Mercredi 24 et jeudi 25 août 2011

Salle de l’Oratoire – 6bis, rue Albert 1er – 17000 La Rochelle

Sujet principal « Marchandisation du corps des femmes »

articulé autour de deux thèmes :

la prostitution et les lois de Bioéthiques
 Programme (voir fichier joint pour le détail)
Lors de la première journée, la table ronde portera sur le thème de la prostitution en présence de:
– Danielle Bousquet, Députée des Côtes d’Armor, Présidente de la Mission parlementaire de la lutte contre la prostitution et de la traite des êtres humains,
– Guy Geoffroy, Député de Seine-et-Marne, Membre de la Commission sur la Prostitution,
– Grégoire Théry, Secrétaire général du Mouvement du Nid,
– Clémentine Autain – Association Mix-Cités – pressentie (Résurgence du féminisme),
– Caroline de Haas – « Osez le féminisme » – pressentie (Résurgence du féminisme).
Elle se concluera par une soirée festive (inscription préalable souhaitée).
– La seconde journée traitera des Lois de Bioéthiques, à travers la Fécondation In-Vitro et les dérivés (le tri embryonnaire et le bébé de l’amour, dit de médicament), les mères porteuses, dons d’ovocytes, transferts d’embryons post mortem, dons d’organes, recherches sur l’embryon.
Avec:
-Michèle Delaunay,  Députée de la Gironde, membre de la Commission spéciale d’examen des projets de lois relatifs à la Bioéthique
-Sylviane Agacinski, Philosophe et Professeure agrégée à l’EHESS
– Adeline Gouttenoire, Professeure à l’Université de Montesquieu – Bordeaux IV
– Alain Claeys, Député de la Vienne
– Geneviève Couraud, Membre du Planning Familial (point IVG et contraception)
Enfin, la Projection du film  « We want Sex Equality » sur la grève de femmes de l’usine automobiles Ford en Angleterre (en VO) sera organisée en fin d’apres- midi, suivie d’une discussion animée par Christiane Gilles, Membre du cabinet d’Yvette Roudy entre 1981 et 1986, artisane de la loi sur  l’égalité professionnelle.
Vous trouverez, ci-joint dans ce courrier, le programme détaillé.
D’autre part, vous pourrez participer, si vous le souhaitez, à une soirée festive. (Voir inscription ci-jointe).

 

Vous trouverez à nouveau, un bulletin d’inscription à l’Université d’été à retourner  accompagné d’un chèque du montant adapté, à notre trésorière, Colette STEPHAN.

 

Vous pouvez vous inscrire sur le site assembleedesfemmes@gmail.com, mais l’inscription ne sera définitive qu’avec l’envoi du bulletin d’inscription et du chèque à notre trésorière.

 

En comptant sur votre présence, nous vous prions de croire, Cher[e]s Ami[e]s, à notre amitié.

DSK – ment-il comme il respire ? …

juillet 7, 2011 4 commentaires

Raté donc, contrairement à la rumeur distillée par le New-York Times  il y a quelques jours Cyrus Vance maintient bien les charges contre DSK et l’avocat de Nafissatou Diallo portera plainte contre le journal New-York Post pour avoir affirmé que cette dernière serait une prostituée :

« Le journal avait écrit samedi, en citant une source proche du dossier, que la jeune femme guinéenne de 32 ans se livrait « régulièrement » à la prostitution et que DSK « avait refusé de la payer » après une relation sexuelle présumée le 14 mai dans la suite 2806 du Sofitel de New York. « 

Alors évidemment tout le monde est tombé dans le panneau en France, à la lecture de l’article du Times. Pourtant les avocats de DSK nous avaient prévenus des méthodes à venir qui consisteraient en majeure partie à discréditer et salir la plaignante de quelques manière que ce soit.

Force est de constater qu’ils n’ont en vérité pas grand chose à se mettre sous la dent pour le faire. En dernier recours ils auront donc simplement traité la plaignante de « Pute » devant la face du monde en s’arrangeant pour faire passer le « truc » par l’intermédiaire d’une soi-disante enquête nourries de fuites venant du bureau du Proc.

Tout ça sent l’enfumage à plein nez. C’est d’une pauvreté affligeante et ça me fait juste penser à n’importe quel gros connard, qui pour se sortir d’un différent avec une femme n’a bien souvent que cette alternative à la bouche quand il est acculé : la traiter de Pute.

Sale pute, espèce de pute, t’es qu’ une pute etc – on connaît la chanson …

Or – le plus étrange c’est que personne n’a voulu relever le fait que depuis vendredi dernier, entres les lignes, dans les articles écrits par la presse on trouve des phrases clefs comme celle-ci par exemple : « Les analyses ADN ont bien confirmé qu’il y avait eu rapport sexuel ». Aha !

« Although forensic tests found unambiguous evidence of a sexual encounter between Mr. Strauss-Kahn, a French politician, and the woman, prosecutors now do not believe much of what the accuser has told them about the circumstances or about herself.  » New York Times du 1er Juillet 2011.

Or, souvenez vous bien, DSK avait tout nié en bloc au début, NafissatouDiallo était selon lui qu’une affabulatrice … Et pourtant DSK a bien laissé ses traces intimes sur la victime.  L’ADN ne sachant mentir il a fallu transformer très rapidement l’agression sexuelle en acte de prostitution consenti et faire passer Nafissatou Diallo pour une menteuse … on comprend donc mieux l’énergie avec laquelle la cabale est montée.

Reste à savoir pourquoi personne ne s’intérésse d’avantage aux mensonges répétés de DSK qui sont pourtant, eux, jour après jour, gros comme le nez au milieu de la figure …

Theo

un peu de Bédé hermaphrodite

Dans la série des excellentes illustrations de Marion Montaigne voici relatée avant l’été la vie hermaphrodite des limaces et la sexualité des poissons c’est tout un poème et ça m’a bien fait rire ! 😉

lire la bédé sur son blog  : http://tumourrasmoinsbete.blogspot.com/2011/06/mercredi-tous-en-bikini.html

Qu’on les pende par les couilles et qu’on en finisse !

juin 4, 2011 4 commentaires

http://www.rue89.com/2011/06/02/jai-ete-violee-mais-je-ne-porte-pas-plainte-voila-pourquoi-207403

J’ai été violée, mais je ne porte pas plainte. Voilà pourquoi

Un article sur l’affaire DSK lui a fait sauter le pas : victime d’un viol, une riveraine raconte pourquoi elle ne se tourne pas vers la justice.

Une affiche déchirée représentant une femme, en décembre 1997 (Olivier Culmann/Tendance floue).

Voici le ressenti, banal je pense, d’une fille violée. C’est un témoignage. Je n’ai pas la prétention de me sentir porte-parole de qui que ce soit. C’est juste le sentiment que j’ai, qui pourra peut-être vous aider à comprendre pourquoi le viol est encore un sujet tabou et que les victimes ne portent plainte que dans 10% des cas.

Violée par un ami d’amis d’amis, dans une grande maison

J’y pensais depuis l’affaire DSK sans oser, et votre article [« L’affaire DSK libère la parole des femmes mais pas les plaintes », ndlr] m’a fait sauter le pas.

Je suis une toute nouvelle riveraine. Je n’avais jusqu’ici jamais écrit pour Rue89, que ce soit des commentaires ou des articles. Je suis journaliste, j’ai presque 30 ans. Comme des milliers de gens chaque année, hommes et femmes, en France, des dizaines chaque jour, j’ai été violée. C’est à dire qu’un homme a pénétré mon corps alors que je ne le voulais pas. C’était en 2007, au cours d’une année à l’étranger en Amérique du Sud. Une soirée dans une grande maison. Un ami d’amis d’amis.

Comme la plupart des gens dans ce cas-là, je n’ai pas porté plainte. Pourquoi ? D’abord, parce que j’étais détruite. Les conséquences d’un viol sur la personnalité sont douloureuses et tenaces.

Se laver, encore et encore

Pourquoi je lui ai pas foutu un coup de pied dans les couilles, bordel ? Pourquoi j’ai pas crié ? Quelle conne !

La réaction physique est immédiate. La douche ! Se laver, encore et encore. Trois fois par jour. L’objectif est clair : enlever les traces, frotter, nettoyer, oublier ce qui s’est passé. Mais le sentiment étrange de se sentir sale reste quand même omniprésent. Mon corps me dégoûte, je voudrais m’en séparer. Il me met trop mal à l’aise.

Dépression. Je ne mange plus, je n’arrive plus à me regarder dans la glace, je suis moche. A ce stade, il n’y a aucun mot à mettre sur ce mal-être. Le mot « viol » ne vient pas forcément à l’esprit. C’est le silence, la honte et la boule au ventre qui s’imposent. Le sentiment d’être une dépravée qui a laissé son corps à n’importe qui, d’être une moins que rien qui s’est laissé faire sans rien dire, d’être faible.

Mais surtout ne pas en parler, à personne. Ça va passer.

Et si je l’avais un peu voulu, aussi ?

Et les images reviennent, violemment. J’aurais pu le frapper là, et à tel moment. Comment je n’ai pas anticipé ? Je lui avais dit que je ne voulais pas. Mais il a insisté. Il a peut-être cru que je le draguais. Je lui avais souri en arrivant, peut-être. Ça s’est passé tellement rapidement, j’ai rien compris.

C’était un ami d’amis d’amis, je ne le connaissais pas il y a trois heures. Il m’avait coincée dans un endroit isolé. Je me rappelle m’être dit : « Si je refuse, il va me frapper ou me faire mal. » Il avait cette emprise physique, cette menace, je sentais bien que j’étais devenue une chose, un objet, je ne voyais pas d’échappatoire.

J’ai voulu oublier, mais le film est repassé devant mes yeux. Et insidieusement, tout doucement, j’en étais convaincue : le coupable, c’était moi. J’ai rien fait, j’en étais incapable, comme si j’avais plus la maîtrise de mes muscles. « Et si je l’avais pas un peu voulu, aussi ? », c’est ce que j’ai fini par penser. J’en devenais folle, honteuse.

Le mal-être de ne plus assumer sa sexualité

Après coup, après deux ans de psychothérapie aussi, je le vois comme un instinct de survie. En danger, le corps s’est séparé de l’esprit. J’ai voulu faire abstraction, me faire passer pour morte pendant quelques secondes.

C’est un peu comme si on m’avait braquée dans la rue pour mon portefeuille. Par peur de représailles, j’aurais donné ma carte de crédit sans hésiter, en me disant que je serais au moins rentrée sauve. Là, j’ai sacrifié mon vagin, pensant réussir à me sauver moi-même. J’ai eu du mal à me récupérer.

De ce mal-être physique, c’est un mal-être plus profond qui s’installe. Celui ne plus assumer sa sexualité et donc sa féminité. Pendant des années, la sexualité me dégoûtait, je refusais d’être une femme. Mettre des talons, me maquiller, bien m’habiller, c’est être une « pute ».

Une blessure profonde à surveiller de près

Pas question non plus de regarder un garçon dans les yeux, de lui sourire. Je pensais ça de moi, pas des autres femmes que j’admirais d’assumer aussi fièrement leur féminité.

Aujourd’hui, tout doucement, je réapprends le plaisir de séduire, de me faire belle, sans avoir le sentiment que c’est un appel à la séduction, que c’est mal. Sentir le regard des hommes sans le prendre comme une menace mais comme un compliment.

Faire l’amour avec confiance et plaisir, je pensais plus que c’était possible. Même s’il m’a enlevé pour toujours l’insouciance de complètement s’abandonner au désir, le salaud. Maintenant, ce viol reste pour moi une cicatrice. J’y repense régulièrement mais comme une guerre passée, une blessure profonde qu’il faut toujours surveiller de près.

Un psy en CDI

Pourquoi ne pas avoir porté plainte ? Parce que c’était extrêmement compliqué à l’étranger. Sur le moment, le consulat m’a conseillé de ne pas bouger. Parce que je ressentais aussi ce regard méprisant, confirmé aujourd’hui par certains qui l’affirment haut et fort, et dont je me suis longtemps persuadée moi-même. « Y a pas mort d’homme. » C’est juste une très mauvaise expérience.

Et maintenant ? Trop dur, trop pénible. J’ai mis trop de temps à m’en remettre. La honte, ensuite, d’exposer son intimité. Et puis savoir qu’on va remettre en doute tout ce que je dis alors que cette histoire m’a fait moi-même perdre toute confiance, ça pourrait me détruire à nouveau.

En plus, il va falloir donner des preuves, écarter les cuisses. Ça veut dire quoi concrètement ? Déjà que j’ai eu du mal à réassumer mon corps, alors le dévoiler à tout le monde…

Et lui ? Qu’est-ce qu’il dirait ? Sûrement que j’étais consentante, que c’était il y a longtemps, que c’était qu’un coup comme ça, pas besoin d’en faire un drame. Et je devrais justifier que je ne suis ni une fille facile, ni une petite mijaurée, ni une naïve trop sensible, ni même une allumeuse, une chaudasse, une salope… J’aurais plus qu’à réengager mon psy, en CDI cette fois.

Je n’ai plus assez de forces pour convaincre un tribunal

J’aimerais bien le revoir cet homme. Lui foutre un et même plusieurs bons coups de pieds dans les couilles maintenant, en face à face, ça me ferait sincèrement plaisir. Mais j’ai pas la force d’affronter un tribunal et tous ces regards pour me demander si je n’étais pas consentante, si je ne l’avais pas cherché un peu.

Je sais que toutes ces questions seraient légitiment posées devant un tribunal, mais j’ai déjà assez lutté contre moi-même, assez gâché de mouchoirs chez le psy pour me convaincre que j’étais victime et que ce qui s’est passé est grave, j’ai plus assez de forces pour convaincre un tribunal et des mentalités.

Autour de moi, peu de personnes connaissent mon histoire. Personne, dans mes amis, ne se doutera que je puisse être l’auteure de ce témoignage. Parce que ça ne se voit pas sur mon front ! Pour eux, je suis juste une fille qui sort d’une longue déprime, qui est beaucoup plus jolie épanouie, et qui va très bien maintenant. Je fais de mon mieux pour que ça le reste.

Laure_TA est un pseudonyme.