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Comment la politique de l’orgasme a détourné le mouvement des femmes.

juillet 21, 2010 Laisser un commentaire

Comment la politique de l’orgasme a détourné le mouvement des femmes.
Par Sheila Jeffreys.

A lire chez Mauvaise Herbe
Traduit par Monique Louicellier

Extraits :

« Toujours et depuis les années 60, les sexologues, les sexuelles libérales, et les entrepreneurs de l’industrie du sexe ont cherché à discuter du sexe comme s’il était entièrement séparé de la violence sexuelle et n’avait aucun lien avec l’oppression des femmes. Les théoriciennes féministes et les militantes contre la violence, ont appris pendant ce temps à considérer le sexe d’un point de vue politique. Nous avons observé que l’appropriation par les mâles du corps des femmes, sexuellement et reproductivement, est la fondation même de la suprématie masculine et que l’oppression dans et par la sexualité fait la différence entre l’oppression des femmes et celles des autres groupes opprimés.
Si nous voulons avoir une petite chance de libérer les femmes de la peur et de la réalité de l’abus sexuel, une discussion féministe sur la sexualité doit être intégrée à tout ce que nous pouvons comprendre de la violence sexuelle dans la façon à laquelle nous pensons au sexe. Mais ces temps-ci les conférences féministes ont des ateliers séparés, dans des espaces différents, sur la manière d’accroître le « plaisir » sexuel et sur celle pour survivre à la violence sexuelle – comme si ces phénomènes pouvaient être plaçés dans des boîtes différentes. Des femmes se nommant elles-mêmes féministes soutiennent actuellement que la prostitution peut être une bonne chose pour les femmes, afin qu’elles expriment leur « sexualité » et fassent des choix de vie gratifiants et libérateurs. D’autres promeuvent les pratiques et les produits de l’industrie du sexe auprès des femmes pour en faire de l’argent, sous forme de strip-tease lesbien et de l’attirail du sado-masochisme. Il y a maintenant des communautés entières de femmes, de lesbiennes et de gays où toute analyse critique de la pratique sexuelle est traitée comme sacrilège et stigmatisée comme « conformisme politique ». La liberté est représentée par l’obtention de plus gros et de meilleurs orgasmes par tous les moyens imaginables, y compris des ventes d’esclaves aux enchères, l’utilisation des femmes et des hommes prostitués, et des formes de dommage corporel permanent comme des marques au fer rouge. La forme traditionnelle de la sexualité masculine suprémaciste basée sur la dominance et la soumission, l’exploitation et l’objectification d’une classe de femmes esclaves est célébrée pour ses potentialités émoustillantes et « transgressives ».

« La pornographie est dans les boîtes-aux-lettres, et la machine à fabriquer de plus en plus de puissants orgasmes est disponible immédiatement grâce aux bons offices de l’industrie mondiale du sexe. Et au nom de la libération des femmes, beaucoup de féministes sont aujourd’hui en train de promouvoir des pratiques sexuels qui – loin de révolutionner et de transformer le monde – sont profondément mêlées aux pratiques du bordel et de la pornographie. »

« Dans les années 1980, alors que les lesbiennes perdirent leur confiance dans leurs propres visions, forces et possibilités – parce que le féminisme fût l’objet d’attaques et que l’industrie du sexe devint de plus en plus puissante – beaucoup se tournèrent vers les hommes gais pour trouver leurs modèles et commençèrent à se définir elles-mêmes comme « déviantes sexuelles. » Elles développèrent une identité en contradiction totale avec celle du féminisme lesbien. En effet, les lesbiennes féministes célèbrent le lesbianisme comme l’apogée de l’amour de la femme, comme une forme de résistance à tous les comportements et valeurs de la culture mâle suprémaciste qui inclue la pornographie et la prostitution. Les lesbiennes libertaires s’insurgèrent pour condamner le féminisme dans les années 80, elles attaquèrent les lesbiennes féministes pour avoir « désexualisé » le lesbianisme et choisirent de se considérer elles-mêmes comme « pro-sexe. » Mais les comportements de cette tribune « pro-sexe » tourna à la réplique de la version du lesbianisme qui avait été traditionnellement offerte par l’industrie du sexe. Les courageuses nouvelles lesbiennes « transgressives » avaient les mêmes constructions sadomasochistes et butch/fem qui ont longtemps été les aliments de base de la pornographie des hommes hétérosexuels.
De telles lesbiennes embrassèrent les pratiques de l’industrie sexuelle comme constituantes de ce qu’elles étaient vraiment, la source de leur identité et de leur être. Mais tout le temps, elles se sentaient déficitaires car leur envie d’une sexualité extrêmiste, corsée, celle pratiquée par quelques hommes gais, leur semblaient toujours hors de leur portée. Dans des publications telles que Wicked Women à Sydney, dans le travail de Cherry Smyth et Della Grace au Royaume-Uni et Pat Califia aux Etats-Unis, ces lesbiennes pleurèrent sur leur inaptitude à aimer le sexe dans les toilettes, les aventures d’un soir, ou à parvenir à être attirées par des enfants. Des thérapeutes sexuelles lesbiennes, comme Margaret Nicholls, devinrent une partie importante d’une nouvelle industrie lesbienne du sexe.

Maintenant il y a une tendance dans les magazines traditionnels féminins et féministes à présenter cette sexualité lesbienne de la prostitution comme un hors d’oeuvre appétissant à goûter et à consommer pour les femmes hétérosexuelles. Le lesbianisme « transgressif », dérivé de l’industrie du sexe et parodiant la culture gaie mâle, est maintenant présenté comme une sexualité « de la femme » progressive, un modèle pour ce que les femmes hétérosexuelles pourraient et devraient être. »

« Le « sexe » promu par les magazines féminins et même féministes, comme si c’était en fait séparé du statut et de l’expérience de la violence sexuelle dans la vie réelle des femmes, n’offre aucun espoir de déconstruire et de reconstruire la sexualité que ce soit celle des hommes ou celle des femmes. Le sadomasochisme et les scenarios de « fantasmes », par exemple, dans lesquels les femmes essaient de se « perdre » elles-mêmes, sont souvent utilisés par des femmes qui ont été sexuellement abusées. L’excitation orgasmique éprouvée lors de ces scenarios ne peut tout simplement pas être ressentie dans ces corps de femmes si et quand ces femmes restent ancrées dans la conscience de qui elles sont vraiment. L’orgasme de l’inégalité – loin d’encourager les femmes à chercher à créer une sexualité à la mesure de la liberté que les féministes imaginent – gratifie tout juste les femmes avec le « plaisir » de la dissociation. »

« Tellement de femmes, y compris des féministes, visèrent plus bas que le projet de libérer les femmes et décidèrent de rester bloquées dans la recherche de tout orgasme plus important par tous les moyens qui marcheraient. La recherche de l’orgasme de l’oppression sert de nouvel « opium du peuple. » Il dérive nos énergies des batailles qu’il est nécessaire d’entreprendre ici et maintenant contre la violence sexuelle et l’industrie globale du sexe. Se demander comment on ressent ces orgasmes, ce qu’ils veulent dire politiquement, s’ils sont obtenus à travers la prostitution des femmes dans la pornographie, n’est pas facile, mais n’est pas non plus impossible. Une sexualité de l’égalité adaptée à notre vision de la liberté a encore a être forgée et que l’on se bagarre pour, si nous voulons dégager les femmes de l’assujetissement sexuel. »

« La capacité des femmes d’érotiser leur propre subordination et de prendre du « plaisir » à partir de l’avilissement d’elles-même et d’autres femmes au statut d’objet pose un obstacle sérieux. Aussi longtemps que les femmes ont un intérêt dans le système sexuel comme il est fait – aussi longtemps qu’elles prendront leur pied de cette façon – pourquoi voudront-elles changer ? »

« J’affirme qu’il n’est pas possible d’imaginer un monde dans lequel les femmes sont libres tout en protégeant en même temps une sexualité basée précisément sur leur manque de liberté. Nos passions sexuelles doivent correspondre aux passions de notre imagination pour la fin d’un monde basé sur toutes ces hiérarchies abusives, incluant la race et la classe. Seule une sexualité de l’égalité et notre capacité d’imaginer et de travailler à une telle sexualité, rend la liberté des femmes envisageable. »

To be or not to be a PUTE !

mars 28, 2009 10 commentaires

To be or not to be a PUTE ou la valse des faux-culs

PUTE

Ce fût le mot qui a fait mouche toute la semaine dernière !!!! PUTE par-ci, PUTE par-là … en veux tu en voilà ! Petit tour de piste de toutes les formes de PUTEs que j’ ai croisé au hasard des blogs et des sites …

Quand la  PUTE est en toi et que le mot PUTE ne veut plus rien dire – Au fond d’un blog douillet, une femme d’âge mûr, engagée et bien sous tous rapports, cultive la certitude « politique » qu’une prostitution choisie peut faire le bonheur, puisque après tout elle sont comme nous, donc … et puis la liberté merde, et puis les talons hauts c’est joli … etc . Elle dit même pouvoir faire ce métier fabuleux et excitant pour sauver sa peau s’il le fallait. Mais ce jour là bien évidemment ne viendra jamais. Pas folle la guêpe ! Non, car au fond il s’agit juste de garder au frais – et pour des besoins d’érotisation personnelle – un jeu plus ou moins subtil et esthétisant tournant autour des quelques symboliques putassières plus ou moins assumées… Le privé ici, n’est donc plus du tout le politique. Le mot PUTE ne veut plus rien dire, on le fait glisser, ce qui compte c’est la frontière avec laquelle on peut jouer-jouir personnellement sans être taxée de PUTE pour de vrai (vous le sentez le truc faux-cul là ???) … On se fout donc complètement de la Prostitution et de la traite, ce qui compte c’est avant tout de garder à un bon niveau de flottaison son taux de désirabilité, quitte à flirter avec la putasserie, verbalement ou physiquement … En politique, à gauche en tous cas, on essaie de sortir, si on peut, de la considération privée et individuelle pour aller vers le collectif … Apparement dans ce cas de figure c’est impossible, l’apparence personnelle comptant plus que la problématique humaine, sociale et politique …

Je le dis comme je le pense : ces femmes là ne rendent pas service aux luttes pour la dignité des droits humaines fondamentales – elles se disent féministes mais n’ont rien compris au féminisme, elles sont juste les garantes d’un ordre ancien bien cadré, d’une société de consommation libérale et partiarcale bien rodée qui réussit encore à faire croire à une liberté de choix là ou manifestement on ne propose que le choix de gérer soi-même son propre avatar de femme-objet  … Bonjour la rigolade ! Bref impossible de discuter politique – on ne prend pas le féminisme par le même angle et d’ailleurs, elle parlent le plus souvent de féminité que de féminisme – ceci expliquant bien cela dans le fond … Ce genre de femmes sont les premières responsables de la diabolisation des féministes. Et ici, dans ce cas de figure très précis, on peut revenir sans exagération à cette distinction que faisait Malcolm X entre nègre/négresse de salon et nègre/négresse de plantation quand il s’agissait de libérer les Noirs de l’esclavage et de la servilité. Bref ! Y a du taff !!!!!


Quand le mot PUTE existe et qu’il veut bien dire quelque chose
: Orelsan a mis le mot PUTE à toutes les sauces et la journée de la jupe à fait le plein au cinéma en ayant au préalable fait pêter les stats sur Arte ! Le mot PUTE a donc un sens très fort, une connotation très marquée et le fait qu’il soit utilisé à ce point nous fait sonner la sonnette d’alarme ! Bonne semaine donc pour la défense de notre dignité ! Le boycott de la chanson d’Orelsan a fait tâche d’huile et des réactions sont même venues du gouvernement et des politiques – l’artiste et sa maison de disque ont essayé de trouver une justification plus ou moins honorable – Orelsan serait donc le premier chanteur au monde capable d’ interprèter une chanson … sans l’ interprèter ! Incroyable ! Wéééé ! Il a chanté la chanson sans savoir ce qu’il disait – et comme il ne sait pas ce qu’il dit, il ne peut pas sentir ce qu’il raconte, donc il n’est pas miso … C’était bien tenté les gars, huhuhu, mais là aussi quelle rigolade ! Non, il faut arrêter avec les airs de faux culs  – j’ai écouté attentivement le texte de cette chanson et c’est bien chaque mot qui est une balle … donc quand on appuie sur la gâchette zéro excuse ! J’ai écouté d’autres  chansons d’Orelsan et on y retrouve à chaque fois des allusion sexistes disséminées par petites touches. Le sexisme fait parti de cette culture musicale de Rap hardcore – on y putifie la femme à tour de bras pour un oui pour un non … Quand à l’allusion du radiateur et de Tostaki, quelle déchéance …

Pendant ce temps là Adjani a sorti son flingue et mis les pendules à l’heure – décréter une journée de la jupe c’est bien – mais n’avions nous pas déjà une journée de la femme ? C’est donc pas suffisant. C’est toute une éducation qu’il faut mener dans l’école pour endiguer le sexisme qui est toujours apporté par les enfants de l’extérieur – et ensuite consolidé par des méthodes ou un enseignement qui le cristallise à l’intérieur. La jupe est tout un symbole en fonction de son aspect et de son époque. Dans les années 60 symbole de soumission – on veut donc porter le pantalon, puis arrive la mini jupe – on veut être subversive mais dans le même temps on chosifiera la femme, on va la putifier un maximum – on lui donnera la pilule mais pas pour sa liberté, non, pour sa disponibilité – et qu’est ce qu’une pute avant tout ? Une personne sexuellement disponible … les femmes hétéros se sont fait complètement entuber avec la pilule : elle donne des cancers, diminue la libido et n’a rien changé fondamentalement aux rapports hommes femmes … c’est juste un outil de contrôle qui ne dit pas son nom .

Mais jupe ou pantalon, in fine quelle différence ? Les hommes s’éduquent entres eux dés le plus jeune âge pour considérer les filles comme des proies potentielles et peu importe en vérité ce qu’elles ont sur le dos – les fameuses tournantes par exemple sont légion partout et depuis toujours sans aucune distinction d’ âge et de classe sociale : au lycée, dans les gymnase, au cours des fêtes arrosées, après les match de foot, derrière les garages, au fond des caves, dans les cages d’escaliers, à la sortie des boîtes de nuit, en colonie de vacances, sur les blogs … A plusieurs, les plus vieux entrainant les plus jeunes, tout est permis … Et on s’imprègne. Avec en plus aujourd’hui l’accès à une pornographie massive, disponible gratuitement, on construit chez les jeunes enfants une représentation de l’échange physique basé sur la putification systématique des filles … Les brigades des mineurs se retrouvent aujourd’hui avec des enfants qui se violent entre eux, qui se filment, qui s’agressent, qui se prostituent littéralement en mimant ce qu’ils ont absorbés : à une petite fille qui avait demandé à un garçon de lui « sucer la chatte » dans sa cage d’escalier – un responsable de brigade atérré demande à l’enfant « mais ou as tu entendu ce genre de langage ?  » – la fillette répond : « Mais partout monsieur … » ben oui, c’est partout – c’est partout la PUTE ! Dans la bouche des parents, dans la bouche de la TV, dans la bouches des copains , dans les revues, dans la pub, dans les séries, dans les livres, dans le langage …. LA PUTE EST PARTOUT !

Mais c’est pas fini, maintenant il y a les PUTES PRO !

La cerise sur le gâteau ! Il y avait le documentaire de Carré, abondement discuté ici et là, qui transforme la pute en sauveuse de l’humanité, j’ai rarement entendu un truc plus faux-cul de toute ma vie ! Ce documentaire fait l’éloge de la soumission, de la disponibilité de la nécessité d’une prostitution professionnelle.  De manière générale la presse et un nombre non négligeable de gauchistes soutiennent depuis qq années le mouvement des putes libres, la pute pride et des conneries du même genre … Ces groupuscules activistes sont minoritaires et bénéficient systématiquement d’un couverture médiatique très avantageuse que ce soit dans la presse ou à la Télévision. Les défenseurs de ces mouvements pour une prostitution libre et choisie s’appuient principalement sur deux axes : celui de la liberté de pratiquer une profession à part entière et sur la reconnaissance de la prostitution comme une forme de sexualité.

On divise donc la prostitution en deux camps distincts : celle de la traite et de l’ exploitation non consentie à celle de l’activité normalisée. La prostitution professionnelle vient de créer en France son premier syndicat le STRASS :

Le Strass entend ne pas se limiter à la prostitution, mais bien inclure tous les travailleurs du sexe qui le voudront. Ce syndicat est donc ouvert aux métiers connexes de la prostitution, notamment avec un travail sur la nudité ou une connaissance de la sexualité et donc, par exemple :

  • les téléopérateurs « roses » par téléphone, Minitel ou Internet. (Une prostituée ne peut s’empêcher de sourire en racontant que lorsqu’elle faisait ce métier, elle était payée comme « auteur ».)
  • les strip-teaseuses (en réel ou à distance). Pour le moment, certaines femmes sont considérées comme intermittentes du spectacle ou danseuses, mais d’autres sont en CDI, et on se demande sous quelle convention collective.
  • les acteurs et actrices pornos qui sont -s’ils ont leurs heures- intermittents du spectacle.

Le syndicat revendique 200 adhérents, soit 1% des 20 000 travailleurs du sexe à temps plein.

Le STRASS s’adresse uniquement aux sex workers assumées exit donc les pauvres mères de familles qui doivent arrondir leurs fins de mois et les exploités des cartels et des mafias en tout genre. Toutes ces PUTES si fières et si arrogantes ne font pas dans la philanthropie et ne se préoccupent pas le moins du monde du sort de leurs « consoeurs » … La vérité s’exprime donc clairement : une prostitution professionnelle ne changera en rien le cours des pratiques de l’exploitation et de la traite comme elle peut exister par ailleurs. La prostitution professionnelle indépendante roule pour sa pomme, elle ne veut pas la liberté des femmes exploitées et traitées, pas plus qu’elle ne propose des solutions solidaires pour sortir ou réinserer les exploitées … Ce sont deux mondes qui ne se rejoignent pas … En l’état ce syndicat ne propose rien de moins que de promouvoir une activité non humaniste et non solidaire avec pignon sur rue !  Et cette distosion risque de pénaliser les associations et les mouvements abolitionnistes en France.  En effet, pourquoi irait on financer des associations de réinsertion si on peut régler le problème en professionnalisant la personne … C’est donc l’Etat qui deviendrait le souteneur officiel !

La PUTE a encore de belles journées devant elle …

wildo